11-8 (que dire à un supposé narcissique qui veut se voir dans le miroir)

Publié le par Xavier Malbreil


Cela ne vous dérange pas, je l'espère, qu'entre vous et le miroir il y ait moi? Non, parce que je vous vois tordre le cou, vous trémousser, vous inquiéter, vous hausser sur le bout de vos orteils pour tenter de vous apercevoir à travers un creux. Le problème, c'est que je n'ai pas de creux. Je suis tout d'une pièce, et d'un métal plus sourd qu'un vieux pot en inox. Non, non, ne protestez pas, je peux même lire dans vos yeux une angoisse lourde qui monte, qui monte, à la seule pensée que vous ne pourriez pas vous dire « coucou, c'est moi, ça va bien toi? Moi ça va, oh comme un matin du milieu de la semaine, allez bonne journée, hein ».
Vous voulez que je me pousse un peu, sur le côté? Ce n'est pas facile, avec tout le monde qui se presse dans la cabine. Ou tenez, mieux, je vais me retourner, et chuchoter tout bas, dans l'oreille du miroir, un petit mot doux pour vous. Ce sera comme si vous le faisiez, vous. Il vous suffit de me confier votre message et je serai encore plus fidèle qu'un fil de téléphone. Mais laissez-moi deviner... Vous voudriez lui dire, à ce miroir, « quels casse-pieds on rencontre dans la cabine, certains jours, ah si tu savais! » ou bien « à tout à l'heure mon choux, là je ne peux pas te parler, mais tu ne perds rien pour attendre », ou encore « ah t'es vraiment pas mal, surtout pour le matin! ». Allons, n'ayez pas peur. Glissez-moi ça dans le creux de l'oreille, et je me fais fort de dire si bien votre texte que le miroir n'y verra que du feu.

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