Que dire...en découvrant une mue humaine complète sur le sol

Publié le par Xavier Malbreil

Surtout, ne la touchez pas! Non seulement elle peut être contagieuse, mais c'est une rareté. Une mue d'homme en parfait état! Qui, de plus, appartenait à une femme. Voyez comme elle est belle! On dirait presque qu'elle va se regonfler, se remplir, et allez, repartir pour un tour, revivre. Toute lisse, sans tatouages, sans ratures, sans filaments, et quelle délicatesse! regardez, on distingue même les lignes de sa main. Nul doute que cette femme était une très jolie personne. Et qu'elle le sera encore davantage. Imaginez-la recouverte de sa nouvelle peau, aussi lisse qu'un derrière de bébé, marchant dans la rue. Autour d'elle, derrière elle, plus rien, elle rayonne. Le vide. Et nous, elle nous laisse sa mue, sa sixième, si je ne me trompe, la plus fragile, la plus belle, parce qu'après, les tissus se ratatinent, les peaux se fripent, et voilà, c'est fini.

Je vais la prendre. Du bout des doigts. C'est si gracile, si fragile. Il ne faut pas la plier, parce qu'elle pourrait se déchirer, il ne faut pas l'étirer bien entendu, parce qu'elle a perdu de son élasticité, il ne faut pas la rouler non plus, parce que les femmes n'aiment pas qu'on les roule, même s'il s'agit de leur vieille peau. Simplement la prendre délicatement entre deux doigts, la glisser dans une housse pour pouvoir la transporter. Puis la coller sur un cadre, qui sera fait tout exprès pour elle. Et enfin, la regarder. Une mue en si bel état. Et il fallait qu'elle me revienne à moi, aujourd'hui, dans cette cabine. Qu'ai-je fait, mais qu'ai-je fait pour mériter un tel honneur? Oui, pourquoi moi? Pourquoi? Le bonheur, la chance, voyez-vous, me posent beaucoup plus de questions que la déveine, la poisse, la mouscaille. D'ailleurs, ne dit-on pas « une veine de cocu »?

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