Que dire...en faisant remarquer une tache

Publié le par Xavier Malbreil

Derrière vous, oui, derrière vous, regardez dans le miroir, ne voyez-vous pas cette tache dans votre dos? Je sais bien que l'éclairage est parcimonieux, mais pourtant je vous assure que vous devriez la voir. Elle est juste au milieu de vos omoplates, à un endroit quelque peu difficile d'accès, certes, mais en louchant par dessus votre épaule, en sautant au-dessus de vos épaulettes, vous devriez la découvrir.

Vous ne la voyez toujours pas? Non? Rapprochez-vous. Voilà. Encore un peu plus près. Et là maintenant? Vraiment?

Pourtant, je la vois, cette tache, dans votre dos. Je ne vois même qu'elle. Mes yeux ne me trompent pas. Peut-être que ce miroir oublie en chemin la moitié des informations. Peut-être qu'il retient pour lui les images qu'il préfère. La tache que vous avez dans le dos, il faut bien l'avouer, est un beau spécimen. On dirait tout d'abord qu'elle veut dessiner un pays, puisqu'à partir de la masse centrale, des saillies, des appendices, avancent comme autant de vallées prises à l'ennemi, de territoires conquis dans le sang, tandis que des échancrures, des failles, des trous, semblent autant de reculades et de cuisantes défaites bouillies dans les larmes. Puis on se ravise. Non, ce n'est pas un pays, mais un animal. Une bien bizarre bête, me direz-vous, puisqu'on distingue pas moins que six pédoncules se détachant du corps.

Une amibe. Toujours changeante, et capable de ressembler à n'importe quoi, une amibe, pleine de fantaisie. C'est bien de cela qu'il s'agit. Une amibe.

Votre tache, celle que peut-être vous ne découvrirez jamais, pas même en ôtant votre veste, semble faite non pas d'une projection, non pas d'un transfert de quelque matière douteuse, mais d'une substance vivante, d'un animalcule, qui serait venu, sur votre veste, expérimenter la vie nomade d'un parasite sur les épaules de sa proie.

Si vous ne la voyez pas, c'est peut-être que traversant le tissu, elle sera descendue plus bas, plus profond. D'ailleurs moi non plus, maintenant, je ne peux plus la discerner. Sentez-vous quelque chose qui vous démange, sous la peau?

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