Que dire...par grand froid

Publié le par Xavier Malbreil

Froid, vous avez dit froid? Ah bon, j'avais cru entendre...parce que si vous aviez osé vous plaindre du froid, je vous aurais appelé à un peu moins d'apitoiement sur votre sort.
Avant, oui, avant, on savait se tenir. Tenez, il n'y a pas si longtemps, Flaubert, lui, aurait pu gémir, se plaindre, pleurnicher : la Seine gelait, gelait dur même, devant sa maison, tout près de Rouen. Et cela n'était pas si rare au XIX° siècle. Que faisait-il dans cette situation, celui que vous avez accusé, l'autre jour - non, non, ne protestez pas - d'être un bourgeois, un nanti, un dévot de l'art pour l'art? Il donnait à manger aux pauvres, sur ses propres deniers! Voilà ce qu'il faisait. Une soupe populaire à ses frais.
Ah, maintenant, continuez à médire de lui. Allez-y si vous osez! Imaginez que nouant un tablier autour de sa taille, et sans espérer le moindre bénéfice, parce que ce n'est pas des gueux qu'il attendait l'inspiration, il délaissait L'éducation sentimentale et madame Collet, pour donner de la louche, tendre la miche, couper le pâté, partager, et oui, pourquoi pas, un bon mot ou deux avec de pauvres bougres qui ne lui étaient rien. Voilà le vrai Flaubert, monsieur. Alors votre froid, oui, il faudra attendre longtemps pour qu'il m'impressionne!

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