Que dire quand la panne dure depuis déjà quatre bonnes heures)

Publié le par Xavier Malbreil

Je vous vois grimacer, tourner en rond, vous tenir le bas ventre, et je comprends bien que le temps passant il va devenir difficile de combattre la nature. Et pourtant, il faut savoir être patient dans la vie. Et ne pas trop s'écouter, n'est-ce pas? C'est ce que l'on disait avant aux personnes qui se plaignaient toujours au moindre petit bobo : « ne t'écoute donc pas trop, ça aggrave le mal ». Votre fils avait-il le poignet cassé à la suite d'une mauvaise chute et grimaçait-il de douleur, et vous lui disiez, « allons, allons, il ne faut pas faire tout un plat des moindres anicroches », et voilà, l'affaire était terminée. Vous lui tiriez vigoureusement sur les doigts pour remettre tout cela en place, il tombait dans les pommes, et puis le temps faisait son oeuvre. Au bout de quelques mois, il n'y paraissait plus rien.

Et moi, tenez, j'ai glissé un jour par accident dans une chute d'eau. C'était dans les montagnes aragonaises, un pays splendide, où l'eau a sculpté la pierre en bassins somptueux, en cuvettes profondes, enchâssées dans ces Pyrénées si pittoresques mais tellement arides. Dès que vous vous approchez des gouffres, cela gazouille de partout, ces ruisselets qui font psss... oui psss... exactement comme, comme, je ne vois pas à quoi le comparer, mais un psss... vraiment très net. Toute cette eau va se jeter dans de plus vastes canyons, et le paysage, ah ce paysage, quelle splendeur! tous ces petits coins que l'on décrirait volontiers comme étant des paradis sur terre.

Mais je m'égare. Je voulais donc découvrir d'un peu plus près une de ces cuvettes. A la recherche de la faille propice, mon pied glisse. Je me retrouve à dévaler un précipice, sans aucune poignée à laquelle me retenir, sans aucun rebord qui eût fait saillie, comme si j'avais été littéralement aspiré par un siphon. Ce qui devait arriver arriva, je tombe comme un obus, fais un énorme plouf!et me retrouve aussi mouillé qu'une serpillière. Pis que cela, pis que tout, j'étais recouvert de plusieurs couches de vêtements qui s'imbibent aussitôt de toute cette eau. C'est bien simple, si l'on m'avait transporté ici, dans cette cabine et que l'on m'avait tordu, le plancher n'aurait plus été qu'une piscine. Et bien croyez-moi ou non, mais le fait de me retrouver dans cette cuvette, transi, parce que nous étions à la fin de l'hiver, ne m'a pas empêché d'inscrire cette journée au frontispice des plus beaux moments de ma vie. Une fois remonté, une fois que la dernière goutte fut tombée sur le sol je me suis simplement reboutonné, et la vie a continué. Oh, bien sûr, j'étais soulagé de me retrouver au sec. Et propre! Comme si l'on m'avait passé au jet.

Mais qu'est-ce qui ne va pas? Vous êtes tout pâle.

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